Portrait: Rokhaya Diallo

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Regardez ce visage, c’est le visage d’une époque, de notre époque. Regardez cette peau, sa couleur gourmande, une peau douce, une peau lisse, sans vécu et sans cicatrice, qui clame et réclame des sparadraps. C’est une peau qui se mire, une peau qui s’admire, une peau qui réfléchit, surtout la lumière.Elle renvoie à son époque sa vanité,sa vacuité, sa vaine hargne, sa fragilité. C’est une peau qui se veut identité, oppressions, revendications. C’est une peau qui se veut symbole, sens et signifiant. C’est la peau du bien et du faible, de la victime. C’est ce que veut cette peau et cette peau l’aura.

Mais approchez vous et tendez l’oreille, car avec cette peau vient cette voix. Rapide, haletante, les mots se heurtent et se précipitent, vacillent et courent, vite très vite si vite que la pensée à force de la pourchasser, s’essouffle, se dégonfle et disparaît. C’est une voix enfantine, puérile, et tyrannique, une voix sans ponctuation et sans limite qui annone et s’entête, qui broie et maltraite toute réflexion. Elle les avale pour mal les recracher. C’est une voix qui a tenté de s’instruire, s’appuyant sur des sourcils emphatiques pour soutenir des idées spectrales. Les fantômes de Foucault et Deleuze s’entrecroisent et s’enculent dans une sarabande ridicule.

Cette peau et cette voix se réclament de l’Afrique, elles ne sont que le reflet de l’Amérique, de l’Occident, de la French Theory transformée en French Cancan. Cette peau et cette voix sont spectacles et polémiques, débat de mots sans idées, qui frottent mais ne piquent. Elles se sentent créancières, elles se pensent banquières d’une dette qui a vécu et disparu. Elles sortent Senghor et Césaire du linceul du contexte, pour se sentir moins connes, pour se sentir moins seules.

Cette peau et cette voix sont la possession de Rokhaya Diallo. Quand certaines ne pouvaient s’asseoir dans un bus, Rokhaya noie son séant dans le confort d’un pouf du Duché télévisuel. Le visage maquillé, le cheveu hérissé, Rokhaya se veut féline et féminine, symbole et porte parole, elle n’est que guignol. Dans cette époque du spectacle permanent, Rokhaya s’en veut le marteau , elle n’en est même pas le clou.

Rokhaya est un business, une entreprise qui fabrique du racisme en plastique, de l’oppression en alpaga, du féminisme en barbapapa. Mais aussi des aspirateurs systémiques et des ventilateurs fascistes. Elle est un artisan malhabile de la déconstruction qui ne sait quoi penser mais qui sait quoi dire. Elle peine à réfléchir si ce n’est son propre reflet qu’elle aime à mourir. Une enfant égocentrique, capricieuse, agaçante , arrogante qui se croit dissidente. Dans cette époque de l’enfant roi, de l’enfant moi, toujours en émoi, Rokhaya est là. elle occupe l’espace, elle est dans la place et vous bouffe la face.

Mais qui ne rêverait pas d’être Rokhaya? Reine en victimologie, Queen de la pleurnicherie, doctorante ès Bobologie, elle règne sur ce territoire victimaire de façon totalitaire, sans partage, alors soyez victime pour participer au naufrage.